Ayuda!

Hola disculpa la molestia, te encontré en la lista de amigos de jimmy Marquez, y voy a mandar este mensaje a todos sus amigos porque ya no sé como hacerle..

Te cuento rapido: jimmy vende boletos de avion, una amiga me lo recomendo. Le compré un boleto para paris hace ya un rato. El martes que me tenia que ir, mi boleto resulto estar cancelado! jimmy me contesta en la mañana, me dice que lo va a arreglar, y después no me da ninguna señal de vida! el dia siguiente logro por fin contactarlo, y me consigue un boleto para jueves tarde en la noche. El jueves en la mañana llamo, y el boleto estaba otra vez cancelado!
Desde ese dia no tengo noticias de jimmy, y ya van mas de 10 dias. Le hemos hablado, escrito, y se hace guey.
Por eso me permito escribirle a sus amigos: me debe 12 000 pesos, y la amiga que me lo presento le deposito 10 000!!!!
Queremos tratar de recuperar ese dinero.. Entonces primera cosa: NUNCA LE COMPRES UN BOLETO A JIMMY
y segunda cosa: si sabes algo de el, un numero de telefono, de oficina, una direccion, te agredeceria que me lo comunicaras.
muchas gracias y otra vez perdon por la molestia

Kevin (kevin.sallee@gmail.com)

Rigolons un brin



Certains mots ont des origines cocasses. On en rigole, ou on se marre carrément. Mais surtout ce qui est marrant, c'est que rigoler et se marrer ont eux aussi une origine cocasse.

Nous sommes au seizième siècle ou pas trop loin. A l'époque, il n'y avait pas d'anorexiques dans les défilés mondains, mais on savait se montrer sadique. D'ailleurs le Marquis de Sade n'était pas trop loin non plus. On savait faire dans la torture mondaine. Les donzelles portaient des corsets si serrés qu'elles en perdaient trois tailles, dieu sait où.

A cette époque on aimait aussi les bon mots, il était de bon ton de rimailler, de placer un calembour ou une contrepèterie à la cour, et tous riaient de bon ou mauvais cœur. Dans les tavernes aussi, où l'on sert un bon p'tit bleu qui tache, on riait, plus gras peut être, mais on riait. Conclusion: à l'époque, pauvres et riches se fendaient bien la gueule.

Et le cocktail corsets serrés-fous rires, ça donne quoi? Si ce n'est pas trop violent, une petite rigole. Par contre, si l'on rit à gorge déployée, une mare. D'où rigoler et se marer, me demandez pas d'où vient l'autre r.

euphorie et désastre...

Je profite d'une ènième cigarette avant de sombrer dans l'inconscience. Je reviens d'une soirée bien arrosée, ouverture de bar, boissons gratuites. Et que reste-t-il? Surtout les deux heures de trajet avant d'arriver. Et qu'arriva-t-il, dans ce van volkswagen, complètement sobre, avant d'arriver aux coups gratuits? La conscience. Conscience de quoi? De ma vie. Et c'est quoi ma vie? Bonne putain de question. Si on la mate de loin, tranquillou, un coup dans l'oeil, elle est de la balle, ma vie. Sans un blèm, bientôt entraîneur de dauphins, personne pour me refuser ce que je veux, je la vis et allez tous vous faire voir, j'ai les couilles pour réaliser mes rêves. ça c'est le côté rêvé... La réalité? Chuis paumé! Qu'est-ce que je vais foutre de ma vie? trop bonne question, trop putain d'compliquée. Chuis paumé dans un coin du Yucatan, sans savoir où je vais. Carrière? Ta gueule! Diplôme? Merde! Vie? Qu'est-ce que j'en sais?
Moi ce que je veux c'est une gonzesse, celle que chuis avec, celle que chuis son mec. Je demande pas beaucoup plus! Jpeux être réceptionniste, expert comptable, cinéaste, plongeur, vendeur, mendiant, glandeur, papa, baba cool, développeur, ingénieur, réalisateur, ramasseur de fruits, paparazzi, journaliste, traducter, censeur, peut m'importe! Le bonheur passe par une paire d'yeux et un dialogue à vie. Et je ne l'ai pas!
Venez, venez à moi, filles de tout bord, pucelles ou putains, filles de riche ou filles de rien, ce que j'attends de vous c'est une vie, une vie pleine et c'est tout! C'est pourtant pas bien difficile! Je suis là, à chercher, je me donne, et on croit ça facile à cause des plages paradisiaques, des bonheurs faciles, des anecdotes à la con comme les quarts d'heure en prison, mais tout ce que je demande c'est un peu d'amour, de compréhension, de vie à deux, en couple, des plaisirs partagés! Et yen a plein de plaisirs, je vous les donne tous en échange de vous! C'est rien, le diable a fait pire, a pris des âmes en échange d'un peu de thunes, un peu de gloire. Moi tout ce que je demande c'est un peu de tendresse..
Le monde part en couille, et qu'est-ce que je peux faire? Réclamer mon p'tit salaire, ma p'tite vie? Trop simple! moi c'que j'veux, c'est d'la vie, d'la vraie, et pas au supermarché! quelque chose de fort, comme Tristan et Iseult, Roméo et Juliette, Adam et sa côte! Donnez moi quelque chose putain! Je me sens comme un déchet, non valable, à jeter, ordure, inintéressant, caca, allez jetez moi ça! Et je me sentirai comme ça si rien n'arrive, si elle n'est pas là. Parce rien n'est possible tout seul! Phrase à la con, le bonheur n'est possible que partagé, putain de film à la con! Alors brûler des billets ça suffit pour être aimé par les foules? Alors vouloir vivre ça ne suffit pas? J'essaie j'essaie et ça ne sert à rien! J'en ai eu mille et j'en ai eu aucune!
Venez à moi, on vivra, on voyagera, on vivra d'un peu plus que d'amour et d'eau fraîche mais rien de trop, vous verrez ça suffira presque! Donnez-le moi et vous verrez, je suis pas méchant, je suis généreux, je vous donnerai tout, au moins tout ce que j'ai, et ça sera suffisant...

Changement de vie...

C'était un petit vieillard sans histoires, de ceux que l'on ne remarque même plus quand on les croise. Pour son grand malheur, cela faisait bientôt 50 ans qu'il était resté identique. Il n'avait jamais changé ses vieilles fripes, dont les couleurs criardes des années 60 avaient terni avec le temps; Autrefois dernier cri, elles étaient maintenant anachroniques et usées par le temps. A vomir, quoi. Mais il restait comme ça pour le plaisir de ses maîtres, qui l'aimaient ainsi.
Mais bientôt ses maîtres devinrent trop vieux, et décidèrent de s'en séparer. Ce fut pour lui le déclic : ses nouveaux maîtres décidèrent de lui donner un coup de jeune terrible! Ce n'était plus un coup de jeune qu'ils souhaitaient, mais un raz de marée de changements! Exit les vieux oripeaux, ils l'habillèrent de manière ultra-moderne, à la fois classe et excentrique, et lui choisirent des tons fuschia, rouge, vert pomme. Ils le changèrent même en profondeur, le rendant plus malléable, plus adapté aux changements, tant et si bien qu'il savait aussi bien devenir zen pour ses 2 maîtres que se transformer quand il y avait foule, pour charmer toute l'assistance!
Bref, ses nouveaux maîtres lui donnèrent une nouvelle vie!

Et je sais de quoi je parle, j'ai vécu 3 années de ma vie en lui, cet appartement du 37 avenue Alphand, à Saint Mandé...

La vie dans le cassis

Je me suis retrouvé hier matin dans les champs. Ca ne s'est pas fait comme ça, pffuit, d'un seul coup, mais presque. Hier, j'étais à Paris, dans la jungle urbaine, réveillé par les ivrognes braillant sur le retour à la maison et les motos aux moteurs supersoniques, d'après les décibels. Ici, j'ai déjà lutté contre un nid de guêpes, jeté un renardeau mort dans les bois, assisté au spectacle des bourdons sur la lavande, et d'un frelon dévorant une poire. Bref, les joies de la campagne quoi!
Et puis ça fait du bien de se décoller un peu des écrans. Ici, c'est le bas débit! Enfin, il paraît que le haut débit a fait son entrée, mais pas encore à Bruyère... Bref, pas d'écrans, j'ai oublié de prendre des bouquins, pas de fringale de films comme ça a pu m'arriver. En plus, cet été, s'il n'y avait pas eu le chomage, j'aurais pris un p'tit boulot. J'étais prêt à faire la collecte des fruits. Et bien ici, il y en a des fruits! Il suffit d'aller les cueillir.
Je prends un récipient, me dirige vers le potager. Je soulève le grillage en plastique qui protège les cassissiers des oiseaux, chevreuils, et autres agresseurs. C'est normal, c'est du boulot les arbres fruitiers, alors si c'est pour qu'il n'y ait pas de fruits... Ainsi, le labeur est récompensé. Il ne reste plus qu'à les cueillir, enfin ce qui n'ont pas déjà pourri sur pied. C'est qu'il est un peu tard pour la saison.
Je commence à cueillir. D'abord debout, puis assis, triant les bons fruits des pourris, les cueillant un par un pour ne pas les écraser. C'est un travail assez fastidieux, mais je ne suis pas pressé. Je pense: tout peut s'accomplir avec un peu de patience et de philosophie. C'est cool, le cassis m'inspire des pensées philosophiques! Qui l'eut cru!
Comme je m'ennuie, je décide d'établir un parallèle entre le cassissier et moi. C'est un peu bizarre tous ces cassis, c'est comme si moi j'avais une armée de sexes, et que je les disséminais à tout va autour de moi pour qu'ils s'occupent de féconder quelques femelles. Ce serait drôle, tous ces phallus qui partiraient en quête de belles demoiselles, juste pour me faire plaisir! Pratique, tout de même...
Puis au fur et à mesure que je trie les fruits, j'essaie d'établir plutôt le parallèle entre les fruits et les hommes. Je me dis que les fruits sont un peu comme la société. D'abord, seuls ceux qui adhèrent encore à l'arbre, en gros la société, sont encore frais et mangeables. Les autres, rejetés, marginalisés, n'ayant pas accès à l'eau courante, crament au soleil, moribonds. Ceux qui sont bien nés sont sur les meilleures branches : pas trop de soleil, pas trop d'ombre, de la bouffe en quantité, que du bon! Certains sur ces branches sont malgré tout pourris : ils ont pas su profiter de la chance qu'on leur donnait... Sur les branches moins belles, on se bat, on est nombreux, beaucoup meurent de soif ou d'insolation. Les autres en profitent pour récupérer leurs parts de pitance. Et enfin, de temps en temps, on trouve la perle rare: un peu isolé, bien caché, un individu d'une beauté, d'une elasticité de peau exceptionnelle.
Justement cette peau me fit enfin penser à une dernière métaphore. Au début, les cassis ont la peau gonflée, élastique, fermes au toucher. Puis petit à petit, la peau se ride, les cellules sont plus de première fraîcheur, les entrailles se liquéfient. Enfin, il se ratatine, diminue, jusqu'à être tout sec. Enfin il tombe et meurt. Finalement, les cassis et nous, on vieillit pareil...

dialogue à tiroirs

- Salut, qu'est-ce que tu fais là?
- j'attends.
- T'attends quoi?
- la nuit.
- Pour quoi faire?
- Et bien pour dormir, pardi!
- Ah. Et ça fait longtemps que tu attends?
- Depuis ce matin.
- Et hier, qu'est ce que t'as fait?
- j'ai attendu aussi.
- Mais tu attends quoi, comme ça, tous les jours?
- Qu'il arrive quelque chose.
- Et s'il n'arrive rien?
- Il arrive toujours quelque chose. C'est ainsi que le monde est fait.
- Mais pourquoi tu ne fais pas quelque chose, plutôt? Les choses arrivent plus vite, comme ça.
- Mmm..
- Quoi, tu ne me crois pas? Mais moi, je fais toujours quelque chose, et du coup il en arrive plein, des choses!
- Mais t'en rends tu compte, vraiment, quand tu les fais?
- ... Pas toujours, mais...
- Moi je ne fais quelque chose que quand cela arrive. Je le vis pleinement. C'est un acte utile, médité. Je n'aime pas trop m'agiter inutilement, vois-tu. C'est que l'air est rare, par ici.
- Et bien, tu as sans doute raison. Au revoir!
- A bientot.

fringale du soir

Comme je n'arrivais pas à dormir ce soir là, de décidai de découvrir Solal d'Albert Cohen, le temps de trouver le sommeil. Manque de bol, c'était un bon roman! Un style déroutant mais prenant, une histoire aguichante, pour que le sommeil me gagne je n'y étais pas du tout! Et alors que je croyais pouvoir me glisser tout doucement dans un sommeil profond, les yeux se refermant un peu plus à chaque page, c'est après moultes tergiversations et avec rage que je décidai enfin refermer l'ouvrage et tenter de dormir. Mais le marchand de roupillons avait du faire sa tournée plus tôt. C'est difficile à savoir, car j'imagine que pour vendre du rêve faut être bien silencieux. A tendre l'oreille on entendait bien quelque véhicule au loin, mais ça ressemblait plus à une benne à ordures.
Bref, du sommeil point, et je réalisai tout à coup que je n'avais quasiment rien mangé de la journée! Un malheureux bout d'pain à midi, et rien depuis! J'avais la dalle à en crever! Je me concentrai sur mon estomac. Il avait l'air rebondi mais bizarrement creux. Il faut dire que je sautais des repas depuis trois jours. Et encore, pour en sauter encore faut il en faire...
Je pensai au frigo givré, au concombre ramolli par le gros glaçon qui le cotoyait, aux bières congelées puis décongelées, sans bulles, aux tupperwares aux restes indatables, et poussai un soupir. Mais du coup je m'étais mis la fringale en tête, en fermant les yeux ce n'était que ripailles et rôts divers, tacos et tajines, croissants et crustacés. Je me ruai sur le frigo le ventre entre les pattes.
Je mangeai un reste de pain avec du chèvre et de l'huile d'olive en quantité démesurée, qui coulait sur la machine à laver au-dessus de laquelle j'engouffrai ma pitance. Puis je dénichai un vieux munster à peine entamé. Fébrile, je n'arrivai pas à bien l'éplucher de sa croûte, et en mangeai la moitié. J'avalai un milk-shake au chocolat, puis encore une petite tranche de munster. Enfin, je trouvai quelques fraises sur la table. J'en croquai une. Diable qu'elles étaient juteuses! J'en empiffrai quelques autres, en prenant soin de ne pas toutes les dévorer. Puis je retournai me coucher.

je ne vivrai jamais ça...

Ce matin en me levant, j'ai appris que ma cousine avait accouché. Je suis devenu comme un lointain tonton du coup. J'ai surtout pensé à elle, et à mes cousins, qui eux sont du coup de vrais tontons! ça doit faire quelque chose, tout de même, de se retrouver promu oncle, comme ça!
Ensuite j'ai tranquillement continué ma journée. Un atelier très intéressant mais inutile sur "comment organiser sa recherche d'emploi" à l'ANPE, car je n'en recherche pas tout simplement. Je n'y ai vu pour ma part qu'un seul véritable intérêt: une jeune fille aux cheveux bouclés, un nez droit, petite, une voix fluette, des lèvres un peu pincées et de grands yeux perdus qui lui donnaient un air naïf qui m'a tout de suite plu. Malheureusement, elle est tombée dans les pommes pendant la séance, juste avant la pause où je voulais lui parler. Les pompiers l'ont emmenée.

Plus tard, je marchais dans la rue, pressé, le pas calé sur un air des Cowboys Fringants, et l'esprit déambulant, je me concentrais pour oublier ce qui m'entourait. Je marchai ainsi mécaniquement le long de la rue de la Convention, et cette marche rythmée me permettait de laisser plus aisément les pensées tournicoter. Tout à coup, j'en tins une. Je me suis dit comme ça, nous sommes tous humains. Ce qui nous permet de pas sombrer dans l'individualisme et la paranoïa, c'est de savoir que nous ressentons tous à peu près les mêmes sensations, que nous avons même réussi à catégoriser en concepts pour le moins abscons parfois, et aussi le fait que nous vivons tous les mêmes expériences. Par exemple, si je pense à elle, elle m'a quitté, et j'en ai terriblement souffert. Pendant longtemps. J'en souffre encore, d'ailleurs. Mais cette douleur, je sais que tout le monde l'éprouve. Alors quand je croise un malheureux comme moi, je crois le comprendre. Et voilà. Et du coup, même quand je croise quelqu'un d'inconnu, je sais qu'il a vécu beaucoup de peines, alors je peux peut être le voir d'une autre façon. Même si parfois je pense "quel gros con" comme ça, gratuitement!
Mais un accouchement, ça, et ben je peux pas partager. Je connaîtrai jamais. Je sais pas ce qu'elle a ressenti, ma cousine, mais je sais que maintenant, quand quelqu'un parlera d'accouchement, et bien elle pourra faire preuve de mille fois plus d'empathie que moi. Car elle a vécu l'expérience de donner la vie. C'est banal comme pensée finalement, mais je l'ai ressentie ce jour là avec beaucoup de force.
C'est quand même beau, donner la vie!

Paris-Chambéry en tout sauf à cheval...

Vendredi, 9h30. L'alarme sonne. Aujourd'hui, ma mission consiste à aller de Paris à Chambéry en stop. Le plus facile apparemment c'est de passer par lyon. Je vérifie : en train, c'est 3h environ, en voiture 5-6.
Je passe au salon, mon frère est encore là, on se boit un café ensemble. Il part pour Amsterdam. Il y a aussi un mexicain qui revient d'Inde, blond et barbu, instructeur de yoga, du genre illuminé mais inoffensif, et même assez intéressant. On quitte l'appartement ensemble. Il part aujourd'hui pour l'Espagne.
Direction Porte d'Orléans, soit disant un bon spot. Effectivement, je ne suis pas le seul sur le coup, un couple installé un peu plus loin, un rasta blond et une blonde aux yeux bleus l'air un peu naïf, les deux roots au possible, et Amandine, une fille qui part en Bourgogne se faire un ptit week end entre amis. Elle confectionne des vêtements, c'est son métier. J'aime bien ce qu'elle porte en tout cas. Elle est sympa, elle me raconte un de ses voyages entre le Paraguay et l'Uruguay. Du coup, on fait le stop ensemble. Elle porte mon grand panneau PEAGE->LYON, car le sien est rikiki à côté. Heureusement qu'on a mangé de la pizza hier soir, les cartons c'est vraiment pratique. J'ai l'air un peu con à me trimballer avec un emballage à pizza, mais bon le côté esthétique je m'en tape un peu à vrai dire.
Du coup côté papotage je suis servi, mais de voitures nenni! En même temps, même si porte d'orléans c'est mastoque comme sortie, on est pas vraiment tout près de l'autoroute, et entre les mecs qui vont bosser, ceux qui vont en banlieue, etc, tu sais même pas lesquels traiter de connards parce qu'ils ne s'arrêtent pas. Au bout de deux heures d'attente et d'imprécations, parsemées de bavardage et rires avec Amandine, je décide de changer de technique. Il est déjà 12h30, et faut que j'arrive jusqu'à Chambéry ce soir! Du coup je trouve une info sur comment se retrouver sur une aire d'autoroute de la bonne autoroute.
J'avais pris le tram pour aller à porte d'orléans. Je prends maintenant le bus, puis le RER D vers Corbeil, puis un bus vers la zone commerciale près de Villabé. 1h30, 60 bornes et quelques petits villages plus tard, je me retrouve devant un gros Carrefour au milieu de nulle part. Je demande a la grosse chauffeuse avachie derrière son volant si elle connaît une aire d'autoroute dans le coin. Elle me dit qu'on l'a déjà passée, faut que je rebrousse chemin. Il est déjà 15h... J'arrive à proximité de l'aire, je la vois. Pour y arriver, il faut passer dans un terrain vague large de 4 mètres avec un fossé, entre de gros hangars et une bretelle de sortie d'autoroute. J'essaie d'abord de longer la barrière de sécurité sur la droite, mais au bout d'un moment de grosses branches me barrent la route. Je les passe difficilement, et derrière il y a d'autres arbres, très touffus, et je ne vois même plus la barrière. Je rebrousse chemin, et essaie de me frayer un chemin de l'autre côté, après avoir enjambé le fossé dans lequel poussent les arbres. De l'autre côté, ce sont de hautes herbes, d'énormes chardons et des ronces! Trop cool! Arrivé un moment, je dépasse les arbres. J'essaie de regagner la barrière de sécurité, mais le fossé est maintenant plein de ronces, et je ne peux pas voir la profondeur. Sinon, ce sont des chardons et des ronces de plus en plus hauts et touffus, sans beaucoup d'espoir non plus. ca fait 20 minutes que je me débats, je ne peux tout de même pas rebrousser chemin... J'enjambe les ronces, et soulagement, je ne m'enfonce que jusqu'au genou... J'arrive à longer la barrière, puis traverser, et je me retrouve devant l'aire d'autoroute, cloturée bien sûr! Qu'à cela ne tienne, j'enjambe la barrière et déchire mon jean. Mais j'y suis!
Je me fume une petite clope, en sueur, et j'enlève les chardons et les divers végétaux collants que j'ai sur les jambes, le pull, le sac. Je sors mon ptit panneau. Ca a intérêt à marcher maintenant, parce que j'en ai chié pour venir jusque là, et je ne sais pas du tout comment je pourrais rentrer chez moi. Il n'y a pas énormément de voitures qui passent. Toutes assez luxueuses, peu d'espoir. Finalement, alleluyah! Un fourgon utilitaire s'arrête, le mec va à lyon! Il est 15h30, mais cette fois, je tiens le bon bout!
Le mec est asiatique, petit, trapu, un peu gros mais surtout l'air solide. Il me dit travailler dans le milieu du cinéma. En fait il transporte et installe des projecteurs pour faire de la stéréoscopie. Et au détour d'un bavardage, je découvre que c'est un mongh du laos! Son grand père, général ayant appuyé les français pendant la guerre, et en plus du peuple mongh, n'a eu d'autre choix que de quitter son pays et de s'installer en France. Lui n'est jamais allé au Laos. Il vient d'une famille très nombreuse, 10-12 enfants par parent par génération, du coup il a plein de cousins aux States où il aimerait s'installer si ce n'était sa copine portugaise, qui a elle une bonne situation en tant que cadre chez motorola. Il a aussi des centaines de cousins dans toutes les banlieues de Lyon. Quelques uns voyous, bandits, arnaqueurs, dealers. Il a des cousins dans toutes les prisons des environs! Son ptit frère, qui va passer en jugement pour agression et vol d'automobile, les deux crimes à une semaine d'intervalle, lui dit qu'il a pas peur de la tole, vu que la moitié de sa famille y est déjà! Ses parents ont tenté de les éloigner de tout ça, en s'écartant des quartiers chauds. Lui travaille dur, pour un petit salaire, et a fait des études! Plutôt pas mal. Il me raconte sa passion pour les sports de combat, il a été à très haut niveau en kung fu, mais il trouve ça tout pourri comme sport, et il faisait également du kickboxing, et de la boxe anglaise avec son père! En gros, vaut mieux pas trop l'emmerder le type, il me parlait d'ailleurs de l'avantage du caractère pratique de certains sports de combat, car on peut les utiliser quand la situation le requiert! Mais un gars en or, qui me dépose devant une station de métro à lyon, juste après m'avoir payé à manger et à boire avec sa carte d'entreprise! Une crème!
Il est 20h30. Je suis à lyon. Je prends le métro pour aller me poster devant l'autoroute qui va à Chambéry. Je sais que le dernier train part à 23h de la Part-Dieu, alors autant tenter ma chance jusqu'à 22h30 environ. Quand je me poste devant l'autoroute, il est 21h30. Je stresse un peu. Je suis juste derrière un feu rouge, il y a un flux important, et c'est pas super pour se garer après ça. Autant dire pas commode comme spot, et mon temps est limité. Au bout d'un moment, un mec passe dans le flux, et j'ai l'impression qu'il me fait signe de la main, puis il disparaît. Mais alors que je me retourne pour continuer à mendier un aller simple pour Chambé, je le vois, à 100 mètres devant, arrêté. Mais je ne sais pas si c'est pour moi, il est devant un hangar. En fait si, je cours, je monte. C'est un serrurier-plombier-décorateur etc. Il a l'air légèrement plus âgé que moi. Il est sympa, ouvert, bavard. Mais je n'avais pas bien compris, il ne va pas a chambé. D'ailleurs, au bout de vingt minutes, il me largue à un péage. J'aime pas trop les péages. Si on se poste près des petites aires de repos après les cabines, il y a un trop grand élargissement des voies, personne s'arrête. Sinon faut aller avant les cabines, mais du coup on se limite à deux files, et puis je sais pas si c'est autorisé. Je décide quand meme de m'y poster, et quand je passe devant le petit batiment administratif, une meuf me regarde bizarrement. Tant pis, je me décide. C'est le coucher de soleil, c'est magnifique. Les gens me prennent pas, mais sont sympas. Finalement une meuf s'arrête.
Elle a mon age. Elle est en Staps de sport, spécialité water polo. Elle voudrait être instit, peut être à Madagascar. Elle me dépose à cinq minutes de chez mon pote julien et sa copine Axelle. il est 22h30. J'ai mis 12h30, mais j'y suis arrivé, et j'ai papoté tout le long, c'est passé vite!
Au retour, je prends le train. Je me fais chier pendant 3h30. RAS.
Conclusion: le stop c'est plus long mais c'est plus bon!

Une cuite mémorable

J'avais quinze ans. L'âge ingrat, celui des boutons d'acné et des poils qui poussent à des endroits ingrats et insoupçonnés. A l'époque, je consacrais plus d'efforts à me concentrer sur l'horreur que m'inspiraient mes bubons d'acné qu'à réfléchir au plaisir et à l'immensité des possibilités qu'il y a d'habiter tout le temps dans des villes différentes, de voyager, de vivre dans de superbes appartements avec des vues imprenables. Les boutons avant tout...
Donc cette fois-ci, nous allions pour les vacances de Noël au Panama puis en Equateur. Quelle aberration de m'imaginer comment je trouvais ça tellement facile à l'époque! Bref, nous partîmes. De Panama, je me souviens d'une résidence sous haute surveillance pour immigrés américains, d'une zone de libre commerce où les taxes n'existent pas, et des gros paquebots et navires marchands sur le canal avec ses écluses interminables. Puis nous nous envolâmes pour l'Equateur.
Quand tu survoles les environs de Quito pour la première fois, c'est un spectacle féérique. Des forêts de nuages denses surplombées par de hauts pics enneigés, à perte de vue. Les Andes, c'est quand même quelque chose! On oublie l'affaire homme un instant, devant tant de grandeur. Pol Poth, à côté c'est du pipi d'chat. Et puis quand t'es dans un coucou qui va atterrir sur la piste d'atterrissage la plus courte de la Terre, à 4200 mètres d'altitude au milieu des volcans, même la transmutation paraît peu de chose...
Ensuite ce fut la grande ville, les rues inconnues entraperçues dans les phares du taxi, puis les cinq étages qui t'essoufflent comme quinze quand on est si haut dans le ciel. C'est à peu près la seuls chose dont je me souviens de Quito. Avec la population très indienne, la pauvreté, les parcs naturels, les volcans et les lamas. Il paraît que y en a plein le Lycée Français. Et cette rumeur, je la tiens d'une source sûre, car c'est Karla, la fille de l'ami de mes parents qui nous recevait là-bas, qui nous l'a raconté.
C'est d'ailleurs à ces amis de mes parents, Arnaud et Jennifer, que je dois ma première expérience d'euphorie alcoolémique...
Bien des jours avant, alors que l'on était dans une ancienne hacienda devant un bon repas, j'ai entendu Arnaud dire à mon père que mon frère était une tête brûlée, mais qu'il était terriblement franc jeu, alors que j'étais un rêveur un peu sournois, et qu'ils auraient beaucoup plus de mauvaises surprises avec moi. Il n'avait pas totalement tort...
En entendant cette prophétie Nostradamienne, j'aurais dû sentir couler dans moi l'irrépresssible envie d'être un enfant modèle, intègre et fidèle à l'image que mes parents avaient de moi. Mais hélas, il y eut le Nouvel An.
Nous étions dans la finca d'Arnaud, où il cultivait du café essentiellement, mais y produisait également un rhum artisanal assez puissant. Il était 22h, après une journée à flâner dans les plantations, tout le monde était réuni autour d'un feu à papoter, les adultes sirotant ce fameux rhum maison avec un peu de jus de citron. Les esprits s'échauffent, les adultes se taillent causer un peu plus loin. Nous on était gosses. Je pense que la barrière culminait à 17 ans, ce devait être mon frangin, et je serais bien curieux de savoir comment il se rappelle cette histoire... Bref, on nous laisse sans surveillance, avec deux obsessions: les nouveaux flingues à billes qu'on vient de nous prêter, on peut s'tirer d'ssus avec et tout, et le rhum, qui met parfois des énormités dans la bouche de mon daron, et fait danser ma mère. On décide de commencer par le rhum, on se marrera encore plus avec les flingues.
C'est du rhum à 60 degrés. Avec un peu de jus de citron... J'ai quinze ans! ça me monte à la tête comme les pétards qui éclatent à droite à gauche, ça tangue autant que les vieux qui dansent au loin, ma vision est saccadée comme un film qu'on passerait image par image. Si je tourne ma tête de gauche à droite, j'en vois tout au plus trois ou quatre. Je titube en auto-pilote vers la cuisine, trouve une bière, pas de décapsuleur. J'essaie de l'ouvrir contre un rebord en carrelage. J'casse le goulot, j'la finis quand même. Les bouts d'verre, ça endurçit l'estomac. J'vais danser avec les vieux, parce que chuis un homme tout de même. Et qui de mieux que ma mère, qui danse si bien, et qui rit et qui apprécie que je vienne vers elle. Même si elle doit voir que je suis pas dans mon état normal. Allez, avoue, tu tangues! Et tu bredouille que des conneries incompréhensibles!
Ensuite, les champs. De l'herbe, le flingue à la main, une brûlure de bille dans la jambe. Un ptit coup de vision à 180°. Image à gauche de la maison, puis au milieu de l'herbe, puis la terre, je suis à terre. Rien entre les images. Je vois une foule. Ils dansent autour d'un feu. Un homme brûle au milieu. Je m'approche. C'est pas un homme, il est en paille. Les gens sautent au-dessus. Je prends mon élan, et saute au-dessus des flammes. On m'explique que c'est la vieille année qui brûle, car la nouvelle arrive. Ca me plaît, je resaute plus près des flammes.

Je me réveille le lendemain, les cloches de Notre Dame le jour de Paques dans la tête. Je me redresse, et tandis que de vagues souvenirs humiliants me remontent à la tête, d'autres choses essaient de remonter, et cette fois ça vient plutôt de l'estomac et c'est un peu plus pressant. Je me rue hors de la chambre, située au premier étage, et vomis avec vigueur devant quelques spectateurs amusés du haut du balcon du premier étage.

amourette

Depuis une pierre j'admire
d'une ptite oeillade vicieuse
le décolleté en cachemire
D'une créature merveilleuse

Elle se r'tourne et sans rougir
je lui dis c'est merveilleux
il ne manque plus qu'un sourir'
et je srai un homme heureux!

mais elle s'met à déguerpir
je n'peux qu'courir derrière elle
sans elle je m'sens dépérir
Rev'nez donc par là mamzelle!

Elle se retourne et j'aspire
une tite taf' d'air délicieux
en l'apercevant sourire
même si ce n'est qu'un ptit peu

Laissez moi donc finir
car je m'en vais vous montrer
ce que je vois resplendir
tout au fond d'vot décolleté

Ce que de ma pierre j'admire
C'est vot petit coeur tout tendre
qui se laisse un peu blondir
par les rayons de septembre

Vnez donc par ici m'offrir
l'morceau le plus délicieux
pour que puisse le frire
rien qu'avec mes yeux fiévreux

Elle s'approche sans mot dire
Et par un baiser sucré
je sens le mien rebondir
et atteindre la volupté

Sur un p'tit air des cowboys fringants

j'ai trop écouté "A polyvalente" des Cowboys alors j'ai fait ma version...

il vivotait à paris
sans beaucoup de conviction
l'avait un bon job steady
ouon (une seule syllabe, won) l'prenait pas pour un con

quarante heures hebdomadaires
passées devant un ordi
et puis l'samedi plein de bières
pour draguer dans les partys



quand venait le jour de paye
y s'sentait un peu minable
d'avoir vendu son soleil
pour quelques sous lamentables

mais toutes façons à paris
le soleil c'est pas lpompon
il devnait tout racorni
à rgarder tout seull' plafond


pis un jour qu'il faisait gris
l'a disparu tout bonnement
on l'attendait à midi
on'a rtrouvé qu'son testament

"j'en ai trop marre de cette vie
il est pourri vot' système
jme barre en catimini
vivre ma vie de bohème"


parait qu'il est quelque part
en train d'aider les tortues
les baleines et les moutards
les tigres et même les morues

au lieu d'rester à rêver
dans son coin d'un monde meilleur
il est parti le changer
et ça l'remplit de bonheur

un sacré numéro

j'ai croisé à marseille un étrange numéro
on l'a chopé un jour sur l'parking de carrefour
et vers l'Estaque on est allés faire un p'tit tour
juste à temps pour l'coucher avec son apéro

Il était assez sale, des fringues d'il y a trois jours
une barbe mal rasée, enfin tu vois l'tableau
mais avec une grande gueule dans le bons sens du mot
il racontait sa vie avec beaucoup d'humour

Pourtant c'est pas facile de vivre dans les cités
dans des ptits cubicules, tous ensemble entassés
une vie pleine de misère, de quelq's humiliations
Difficile de poursuivre ses rêves sans frustrations

mais comme disait brassens dans une célèbre strophe
il faut des trous l'hiver a nos grègues de toile
grelotter et pourtant contempler les étoiles
pour ses beaux jours enfuis devenir philosophe

Je n'sais pas s'il était philosophe ou bien con
mais il était zicos et par son gumburé
se laissait entraîner dans des transes endiablées
car pour toujours bien vivre, faut vivre avec passion

la raie mystérieuse

Admirez cette raie, telle un sillon tracé
Par le gai laboureur, les soirs ou y'a purée
Armé de sa fourchette, prestement il s'entête
à rebâtir son champ à l'échelle de l'assiette.

Mais la raie direz vous, que consacre ce poème
A qui appartient-elle, à quelle énergumène?
Au voisin du balcon, qui malheureusement
y reçut mon vomi, une soirée de grand vent.

le grand bison ravi

Boris ne chante que quand il descend les poubelles
Il ne pense plus à rien, la vie lui semble belle.
Qui aurait cru qu'un jour quelques rognures de pomme
Feraient quotidiennement le bonheur d'un grand homme?

une fille dans la rue

Que fait donc cette fille, qui attend dans la rue?
Cherche-t-elle l'amour, ou un simple inconnu?
Rien de si compliqué, tout simplement sa mère
dont le gynécologue tripatouille les ovaires...

la bonne du salvador

J'avais onze ans et quelque. On venait de s'installer au Salvador. C'était notre première année là-bas après 7 ans de Mexique. Quand on en a onze, sept c'est toute la vie. On venait de passer un été en France, du coup le Mexique j'avais déjà commencé à l'oublier, mais le Salvador, je sais plus trop comment je me le représentais dans ma tête. Nouveau. Un nouveau lycée, des nouveaux repères.
En fait leSalvador c'était un pays violent. Très violent. Quand j'y pense, la plupart des actes violents perpétrés sur des connaissances, c'était au Salvador. Ma prof de français, Mme Gauthier, s'est fait braquer avec un flingue devant le palais présidentiel. Ils lui ont piqué sa bagnole qu'ils sont allés exploser un peu plus loin. Une fille du lycée s'est pris une balle perdue dans la jambe, en cours de sport. On devient vite parano.
Je me souviendrais toujours d'un jour tout à fait banal, où je suis allé à pied chez un pote qui habitait à cinq minutes de chez moi. C'est rare de marcher à pied au Salvador. On se déplace toujours en voiture. Les maisons ont des gardes armés, des gros fils de rasoirs tout autour, des chiens. Les gens ont un flingue dans leur boîte à gants, chez eux. Tous les jours des morts par balle dans les journaux. Bref, je passe chez René Ramos, qui habitait près de chez moi, on fait des trucs. Va savoir quoi, c'est loin. Il me raccompagne chez moi. J'aperçois quelqu'un qui nous dépasse à toute berzingue à vélo. Nous n'étions qu'à quelques mètres du portail de la maison de René. Il fait demi-tour, et demande à son gardien de nous accompagner, son fusil à pompe à l'épaule. Il avait eu peur du gars à vélo, qui était peut être parti alerter quelqu'un que nous allions passer par là! Bref, la parano règne en reine au Salvador.
Mais cette histoire n'est pas sur le Salvador, mais sur notre bonne. On a toujours eu une femme de ménage chez nous. C'est comme ça en Amérique latine. Ca a toujours été naturel pour moi, et je ne trouve pas ça amoral. Mais c'est vrai qu'on oublie parfois tout le boulot qu'elles font pour nous, et on râle après elles. Et flotte toujours un peu la suspicion du vol. Car c'est tentant pour une femme de ménage de se servir. Ma mère a toujours été vigilante là-dessus. Elle ne tolère pas la malhonnêteté, le vol. Notre première bonne était très honnête,une jeune fille gentille, discrète, polie, serviable. Mais je ne sais plus comment elle a magouillé ça, elle nous a quittés en nous recommandant sa tante, ou quelque chose comme ça. Qui, elle, était pour le coup pas franchement avenante, et elle avait toujours un air coupable, et un peu méchant. Et elle volait. On s'en rend compte facilement, de ce genre de choses. L'huile, le riz, la nourriture, le savon, tout semble fondre beaucoup plus vite. Ma mère qui aime confirmer ses soupçons, faisait même quelquefois des marques sur lesbouteilles pour voir si elles se vidaient plus vite! En tout cas la bonne volait, et puis elle allait souvent dans sachambre, et ma mère trouvait son attitude assez bizarre. Elle aurait pu la virer tout de go, mais il faut tout de même un motif valable, et puis on était au Salvador, on avait toujours un peu peur d'énerver lesgens et qu'ils reviennent avec leurs copains mieux équipés que Rambo.
Les suspicions de ma mère se confirmant, et comme quelque chose clochait apparemment dans sa chambre, ma mère décida d'envoyer un jourla bonne à quelque commission, et se rendit dans sa chambre. Elle ouvre le placard, et tombe sur...Maintenant, imagine, cher lecteur. Ma mère, l'air effaré, nous raconte l'histoire jusqu'à ce point. Vu son air je sais qu'il lui est arrivé un truc d'incroyable. J'imagine donc - sauf que moi c'est il y a plus de dix ans et toi c'est maintenant! - ce que ma mère a pu bien voir. Et toi, qu'est ce que tu crois que c'était? Imagine le truc le plus incroyable qu'une bonne voleuse et menteuse peut avoir dans son placard. Prends ton temps, quelques minutes. Je te laisse quelques lignes blanchesd'imagination
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c'était un homme, entièrement nu! Le mari de la bonne vivait depuis ledébut chez nous, apparemment dans le placard. Ce qu'il y faisait nu comme un ver, je ne me le suis jamais vraiment expliqué. Ma mère non plus je crois. Mais un homme nu dans un placard, c'est un bon motif valable de licenciement expéditif. On ne les a plus jamais revus.

la vie parfois fait plouf

On était sur un haut plateau au Mexique, sur la route entre Mexico City et Xalapa. Il faisait froid. On s'est arrêtés sur la route pour faireune petite pause. Tout était très vert. J'ai repéré un coin encore plus vert, genre vert presque jaune, citrique. ça m'a tapé dans l'oeil. J'y suis allé, et là... plouf, la vie parfois fait plouf! C'était tout vert parce que bien marécageux. Tout le monde a bien ri. Moi j'ai eu très froid, et je me sentais couillon. Mais le froid et le ridicule sont passés, est restée la petite histoire.

yaya et fier de l'être

Un jour banal à mourir, Bertrand rencontre Lyne. Ils s'aiment et aiment les plantes, ils partent donc ensemble en Guyane. Ils sont sur les traces d'un conquistador ayant découvert quelques siècles plustôt, dans la jungle dense de la Guyane, une variété originelle de café. Ils partent avec quelques joyeux légionnaires et leurs sacs remplis à ras bord de cailloux. Ils dorment dans des tentes rudimentaires, mangent de la brochette de perroquet, du filet de caïman, de la semelle de singe, marchent toute la journée dans la boue. Ils ont pour compagnon de voyage un homosexuel aux cheveux verts étudiant de près l'Amorphophallus Impudicus qui le fascine, allez savoir pourquoi. Ils trouvent le café, font demi-tour et puis s'en vont.
Ils se retrouvent donc logiquement à Foumbot, au Cameroun. Ils s'aiment un peu plus fort et pondent Jeremy. Bertrand travaille sur un projet de développement dans la production de cacao. Le pays lui plaît, ses conditions de vie sont superbes, il est jeune et idéaliste, il veut pouvoir à son échelle changer le monde. Améliorer le sort des producteurs, leur amour de la terre et du travail bien fait. Jeremy semble convenir à nos deux tourtereaux, car Lyne tombe enceinte. Cela ne l'empêche pas d'être prof, de faire des randonnées, d'aider Bertrand, de découvrir l'Afrique.
Un soir, l'orage gronde. Les pluies en Afrique sont torrentielles. Détail amusant, elles sont parfois si localisées qu'elles n'arrosent qu'une moitié du jardin. Ce soir donc, il pleut à verse, et l'eau coule tellement fort que Lyne en perd les siennes. Il sont loin deYaoundé, la naissance n'était prévue que dans un mois. Il faudra aller au dispensaire de M'Bouda. Heureusement, le gynécologue de Lyne sera de la fête.
Le dispensaire de M'Bouda est sommaire, et l'on y croise toutes sortes de malades, un coup de matchette dans le bras par-ci, une arête de capitaine par là, un p'tit palu, un staphylocoque, une malaria,quelques morts et plein de naissances! Ce soir là, il y en a plein, mais il y a surtout celui de la femme blanche. Ici, c'est une première. Elle a donc le droit au traitement cinq étoiles et au regard curieux de tout le monde. "Est-ce que la blanche, elle fait ça comme nous?" se demandent-elles. Elle aura le droit à un lit, et le marmot àune couveuse, dont on extirpe consciencieusement quelques cafards et qu'on stérilise. Il naît, il découvre la vie, et ça lui plaît bien. Les africains fontla queue pour le voir. Bertrand pense qu'il pourrait faire payer la visite. Kevin aura sûrement du mal par la suite à réunir un aussi bon public...
Bref donc Kevin naît. Le problème c'est que pour le moment il s'appelle pas Kevin... Son père a un collègue de travail attentionné, efficace, qui devient rapidement un ami sur lequel il peut compter, quelqu'un à qui il peut parler des couilles dans le système. Bertrand décide d'appeler son fils Yaya. Puis il se dit que Yaya Sallée, né à M'bouda, il aura peut être des problèmes de discrimination plus tard! "Bonjour, je voudrais un poste de PDG, je m'appelle Yaya..." ça le fait pas trop apparemment! Et puis comme se moqua un jour ma cousine lorsque j'étais gosse Yaya ça veut dire OuiOui en allemand et weewee ça veut dire pipi en anglais! Il y a aussi la version de mes potes de lycée au Salvador de l'accouchement de ma mère... Elle aurait poussé un cri lorsque je suis né: "Llamenlo Kevin, ya, ya, sale!" ce qui pourrait se traduire par"appelez le Kevin, ça y est, ça y est, il sort!" Mais revenons à nos moutons, ou plutot a nos bambins. Lorsque Kevin naît, une terrible révolte éclate au Cameroun, menée par le guerrillero contre révolutionnaire Ibrahim Sallée. On arrête donc Lyne Sallée à chaque checkpoint de l'armée, on lui demande si elle est la femme du guerrillero. Elle montre Kevin et dit "Mais non regardez, il est blanc!" Un peu plus tard sur la route, ils ne trouvent pas leur chemin. Ils sont à un rond-point, font un tour complet pour savoir quelle route choisir. Un policier les arrête. Ils prennent une prune pour "usage abusif de goudron"... Bertrand en a un peu marre de toutes ces magouilles, mais en Afrique, c'est le système D. Mais quand on bosse sur un projet de coopération, que la France investit massivement sur de gros projets, et que les thunes sont englouties dans les rouages administratifs, le pactole diminuant à chaque échelle, Bertrand commence à fumer. Il décide de mettre au grand jour une affaire de corruption qui remonte jusqu'au ministre de l'agriculture. Mais ils ont vent de sa croisade, et la sentence tombe, expéditive.Une lettre arrive l'accusant de propos racistes. Kevin tombe sur cette lettre bien des années plus tard. On accuse son père d'avoir traité ses employés de, je cite, "bande des animaux!"Ils quittent donc l'Afrique la queue entre les jambes. Et c'est parti pour de nouvelles aventures en Guyane!Petit détail amusant : à cause des troubles en Afrique ou bien de la nullité administrative qui est universelle, ou de toute autre cause un peu mystérieuse, sur l'acte de naissance de Kevin, au champ "Sexe", la réponse est... Indéterminé! Ah oui et je voulais aussi préciser que j'ai toujours été charmé par le côté romanesque de ma naissance, et ce qui m'a surtout marqué c'est l'acte de naissance qui l'accompagnait, que je ne connais pas par coeur malheureusement, mais qui était quelque chose comme ceci:
"la nuit est noire.
le tonnerre gronde sur les toles de l'hopital de M'bouda
Là, entre 4 africaines qui enfantent,
Kevin pointe son petit museau au monde nouveau."

Profession homme pipi

Je regardais hier aux nouvelles un énième reportage sur le chômage en cette période de crise, et par une association d'idées autant inconsciente qu'incohérente, cela m'a fait penser à une bande dessinée que j'ai dû lire dans Spirou il y a plus de dix ans, où un clown vaguement coluchien prenait la tête du gouvernement car pour relancer l'économie, il créait plein d'emplois absurdes comme contrôleur de contrôleur. J'essayai alors de me remémorer l'employé le plus improbable que j'avais rencontré au cours de mon existence.
C'était au Laos, un été où je visitais mes parents. Un soir, je fus invité par le fils du gardien qui voulait absolument m'emmener en boîte, dans l'idée de boire à l'oeil probablement, et sûrement aussi de profiter de mon argent pour draguer des filles. C'est à peu près ce qui arriva d'ailleurs. Nous étions donc dans ce petit club de campagne ultra kitsch, fermant à 23 h à cause du couvre feu, rempli de tables à hauts tabourets jusque sur l'endroit où l'on imaginait que l'architecte avait prévu une piste de danse, en train d'enquiller de grands verres de Beer Lao glacée. A mon grand dam, mon compagnon de débauche descendait sa bière prestement, sans se départir de son sourire, à chaque fois que nous trinquions. Je pensai donc que c'était la coutume locale, et faisai de même. Je n'ai jamais vraiment su ce qu'il en était, mais en revanche, j'eus soudain une monumentale envie de pisser. Je me ruai donc aux toilettes, fonçai vers le premier urinoir, me débraguaittai et commençai à me soulager sans tarder. Le soulagement se mêlait à une sensation d'ébriété qui s'intensifiait, accompagnée d'un léger stress d'être tout seul avec le fils du gardien apparemment tout ce que l'on fait de mieux question débauche, dans un club bourré de transsexuels qui chantaient en karaoké. C'est alors que je sentis une main sur mon épaule. Quelqu'un m'avait agrippé. Dans les chiottes! Je me retournai brusquement, la main prête à frapper, mais un petit lao tout sourire me fasait face en baragouinant un truc du genre "massage, massage"... C'était l'homme pipi.