la bonne du salvador

J'avais onze ans et quelque. On venait de s'installer au Salvador. C'était notre première année là-bas après 7 ans de Mexique. Quand on en a onze, sept c'est toute la vie. On venait de passer un été en France, du coup le Mexique j'avais déjà commencé à l'oublier, mais le Salvador, je sais plus trop comment je me le représentais dans ma tête. Nouveau. Un nouveau lycée, des nouveaux repères.
En fait leSalvador c'était un pays violent. Très violent. Quand j'y pense, la plupart des actes violents perpétrés sur des connaissances, c'était au Salvador. Ma prof de français, Mme Gauthier, s'est fait braquer avec un flingue devant le palais présidentiel. Ils lui ont piqué sa bagnole qu'ils sont allés exploser un peu plus loin. Une fille du lycée s'est pris une balle perdue dans la jambe, en cours de sport. On devient vite parano.
Je me souviendrais toujours d'un jour tout à fait banal, où je suis allé à pied chez un pote qui habitait à cinq minutes de chez moi. C'est rare de marcher à pied au Salvador. On se déplace toujours en voiture. Les maisons ont des gardes armés, des gros fils de rasoirs tout autour, des chiens. Les gens ont un flingue dans leur boîte à gants, chez eux. Tous les jours des morts par balle dans les journaux. Bref, je passe chez René Ramos, qui habitait près de chez moi, on fait des trucs. Va savoir quoi, c'est loin. Il me raccompagne chez moi. J'aperçois quelqu'un qui nous dépasse à toute berzingue à vélo. Nous n'étions qu'à quelques mètres du portail de la maison de René. Il fait demi-tour, et demande à son gardien de nous accompagner, son fusil à pompe à l'épaule. Il avait eu peur du gars à vélo, qui était peut être parti alerter quelqu'un que nous allions passer par là! Bref, la parano règne en reine au Salvador.
Mais cette histoire n'est pas sur le Salvador, mais sur notre bonne. On a toujours eu une femme de ménage chez nous. C'est comme ça en Amérique latine. Ca a toujours été naturel pour moi, et je ne trouve pas ça amoral. Mais c'est vrai qu'on oublie parfois tout le boulot qu'elles font pour nous, et on râle après elles. Et flotte toujours un peu la suspicion du vol. Car c'est tentant pour une femme de ménage de se servir. Ma mère a toujours été vigilante là-dessus. Elle ne tolère pas la malhonnêteté, le vol. Notre première bonne était très honnête,une jeune fille gentille, discrète, polie, serviable. Mais je ne sais plus comment elle a magouillé ça, elle nous a quittés en nous recommandant sa tante, ou quelque chose comme ça. Qui, elle, était pour le coup pas franchement avenante, et elle avait toujours un air coupable, et un peu méchant. Et elle volait. On s'en rend compte facilement, de ce genre de choses. L'huile, le riz, la nourriture, le savon, tout semble fondre beaucoup plus vite. Ma mère qui aime confirmer ses soupçons, faisait même quelquefois des marques sur lesbouteilles pour voir si elles se vidaient plus vite! En tout cas la bonne volait, et puis elle allait souvent dans sachambre, et ma mère trouvait son attitude assez bizarre. Elle aurait pu la virer tout de go, mais il faut tout de même un motif valable, et puis on était au Salvador, on avait toujours un peu peur d'énerver lesgens et qu'ils reviennent avec leurs copains mieux équipés que Rambo.
Les suspicions de ma mère se confirmant, et comme quelque chose clochait apparemment dans sa chambre, ma mère décida d'envoyer un jourla bonne à quelque commission, et se rendit dans sa chambre. Elle ouvre le placard, et tombe sur...Maintenant, imagine, cher lecteur. Ma mère, l'air effaré, nous raconte l'histoire jusqu'à ce point. Vu son air je sais qu'il lui est arrivé un truc d'incroyable. J'imagine donc - sauf que moi c'est il y a plus de dix ans et toi c'est maintenant! - ce que ma mère a pu bien voir. Et toi, qu'est ce que tu crois que c'était? Imagine le truc le plus incroyable qu'une bonne voleuse et menteuse peut avoir dans son placard. Prends ton temps, quelques minutes. Je te laisse quelques lignes blanchesd'imagination
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c'était un homme, entièrement nu! Le mari de la bonne vivait depuis ledébut chez nous, apparemment dans le placard. Ce qu'il y faisait nu comme un ver, je ne me le suis jamais vraiment expliqué. Ma mère non plus je crois. Mais un homme nu dans un placard, c'est un bon motif valable de licenciement expéditif. On ne les a plus jamais revus.

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