je ne vivrai jamais ça...

Ce matin en me levant, j'ai appris que ma cousine avait accouché. Je suis devenu comme un lointain tonton du coup. J'ai surtout pensé à elle, et à mes cousins, qui eux sont du coup de vrais tontons! ça doit faire quelque chose, tout de même, de se retrouver promu oncle, comme ça!
Ensuite j'ai tranquillement continué ma journée. Un atelier très intéressant mais inutile sur "comment organiser sa recherche d'emploi" à l'ANPE, car je n'en recherche pas tout simplement. Je n'y ai vu pour ma part qu'un seul véritable intérêt: une jeune fille aux cheveux bouclés, un nez droit, petite, une voix fluette, des lèvres un peu pincées et de grands yeux perdus qui lui donnaient un air naïf qui m'a tout de suite plu. Malheureusement, elle est tombée dans les pommes pendant la séance, juste avant la pause où je voulais lui parler. Les pompiers l'ont emmenée.

Plus tard, je marchais dans la rue, pressé, le pas calé sur un air des Cowboys Fringants, et l'esprit déambulant, je me concentrais pour oublier ce qui m'entourait. Je marchai ainsi mécaniquement le long de la rue de la Convention, et cette marche rythmée me permettait de laisser plus aisément les pensées tournicoter. Tout à coup, j'en tins une. Je me suis dit comme ça, nous sommes tous humains. Ce qui nous permet de pas sombrer dans l'individualisme et la paranoïa, c'est de savoir que nous ressentons tous à peu près les mêmes sensations, que nous avons même réussi à catégoriser en concepts pour le moins abscons parfois, et aussi le fait que nous vivons tous les mêmes expériences. Par exemple, si je pense à elle, elle m'a quitté, et j'en ai terriblement souffert. Pendant longtemps. J'en souffre encore, d'ailleurs. Mais cette douleur, je sais que tout le monde l'éprouve. Alors quand je croise un malheureux comme moi, je crois le comprendre. Et voilà. Et du coup, même quand je croise quelqu'un d'inconnu, je sais qu'il a vécu beaucoup de peines, alors je peux peut être le voir d'une autre façon. Même si parfois je pense "quel gros con" comme ça, gratuitement!
Mais un accouchement, ça, et ben je peux pas partager. Je connaîtrai jamais. Je sais pas ce qu'elle a ressenti, ma cousine, mais je sais que maintenant, quand quelqu'un parlera d'accouchement, et bien elle pourra faire preuve de mille fois plus d'empathie que moi. Car elle a vécu l'expérience de donner la vie. C'est banal comme pensée finalement, mais je l'ai ressentie ce jour là avec beaucoup de force.
C'est quand même beau, donner la vie!

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