yaya et fier de l'être
Un jour banal à mourir, Bertrand rencontre Lyne. Ils s'aiment et aiment les plantes, ils partent donc ensemble en Guyane. Ils sont sur les traces d'un conquistador ayant découvert quelques siècles plustôt, dans la jungle dense de la Guyane, une variété originelle de café. Ils partent avec quelques joyeux légionnaires et leurs sacs remplis à ras bord de cailloux. Ils dorment dans des tentes rudimentaires, mangent de la brochette de perroquet, du filet de caïman, de la semelle de singe, marchent toute la journée dans la boue. Ils ont pour compagnon de voyage un homosexuel aux cheveux verts étudiant de près l'Amorphophallus Impudicus qui le fascine, allez savoir pourquoi. Ils trouvent le café, font demi-tour et puis s'en vont.
Ils se retrouvent donc logiquement à Foumbot, au Cameroun. Ils s'aiment un peu plus fort et pondent Jeremy. Bertrand travaille sur un projet de développement dans la production de cacao. Le pays lui plaît, ses conditions de vie sont superbes, il est jeune et idéaliste, il veut pouvoir à son échelle changer le monde. Améliorer le sort des producteurs, leur amour de la terre et du travail bien fait. Jeremy semble convenir à nos deux tourtereaux, car Lyne tombe enceinte. Cela ne l'empêche pas d'être prof, de faire des randonnées, d'aider Bertrand, de découvrir l'Afrique.
Un soir, l'orage gronde. Les pluies en Afrique sont torrentielles. Détail amusant, elles sont parfois si localisées qu'elles n'arrosent qu'une moitié du jardin. Ce soir donc, il pleut à verse, et l'eau coule tellement fort que Lyne en perd les siennes. Il sont loin deYaoundé, la naissance n'était prévue que dans un mois. Il faudra aller au dispensaire de M'Bouda. Heureusement, le gynécologue de Lyne sera de la fête.
Le dispensaire de M'Bouda est sommaire, et l'on y croise toutes sortes de malades, un coup de matchette dans le bras par-ci, une arête de capitaine par là, un p'tit palu, un staphylocoque, une malaria,quelques morts et plein de naissances! Ce soir là, il y en a plein, mais il y a surtout celui de la femme blanche. Ici, c'est une première. Elle a donc le droit au traitement cinq étoiles et au regard curieux de tout le monde. "Est-ce que la blanche, elle fait ça comme nous?" se demandent-elles. Elle aura le droit à un lit, et le marmot àune couveuse, dont on extirpe consciencieusement quelques cafards et qu'on stérilise. Il naît, il découvre la vie, et ça lui plaît bien. Les africains fontla queue pour le voir. Bertrand pense qu'il pourrait faire payer la visite. Kevin aura sûrement du mal par la suite à réunir un aussi bon public...
Bref donc Kevin naît. Le problème c'est que pour le moment il s'appelle pas Kevin... Son père a un collègue de travail attentionné, efficace, qui devient rapidement un ami sur lequel il peut compter, quelqu'un à qui il peut parler des couilles dans le système. Bertrand décide d'appeler son fils Yaya. Puis il se dit que Yaya Sallée, né à M'bouda, il aura peut être des problèmes de discrimination plus tard! "Bonjour, je voudrais un poste de PDG, je m'appelle Yaya..." ça le fait pas trop apparemment! Et puis comme se moqua un jour ma cousine lorsque j'étais gosse Yaya ça veut dire OuiOui en allemand et weewee ça veut dire pipi en anglais! Il y a aussi la version de mes potes de lycée au Salvador de l'accouchement de ma mère... Elle aurait poussé un cri lorsque je suis né: "Llamenlo Kevin, ya, ya, sale!" ce qui pourrait se traduire par"appelez le Kevin, ça y est, ça y est, il sort!" Mais revenons à nos moutons, ou plutot a nos bambins. Lorsque Kevin naît, une terrible révolte éclate au Cameroun, menée par le guerrillero contre révolutionnaire Ibrahim Sallée. On arrête donc Lyne Sallée à chaque checkpoint de l'armée, on lui demande si elle est la femme du guerrillero. Elle montre Kevin et dit "Mais non regardez, il est blanc!" Un peu plus tard sur la route, ils ne trouvent pas leur chemin. Ils sont à un rond-point, font un tour complet pour savoir quelle route choisir. Un policier les arrête. Ils prennent une prune pour "usage abusif de goudron"... Bertrand en a un peu marre de toutes ces magouilles, mais en Afrique, c'est le système D. Mais quand on bosse sur un projet de coopération, que la France investit massivement sur de gros projets, et que les thunes sont englouties dans les rouages administratifs, le pactole diminuant à chaque échelle, Bertrand commence à fumer. Il décide de mettre au grand jour une affaire de corruption qui remonte jusqu'au ministre de l'agriculture. Mais ils ont vent de sa croisade, et la sentence tombe, expéditive.Une lettre arrive l'accusant de propos racistes. Kevin tombe sur cette lettre bien des années plus tard. On accuse son père d'avoir traité ses employés de, je cite, "bande des animaux!"Ils quittent donc l'Afrique la queue entre les jambes. Et c'est parti pour de nouvelles aventures en Guyane!Petit détail amusant : à cause des troubles en Afrique ou bien de la nullité administrative qui est universelle, ou de toute autre cause un peu mystérieuse, sur l'acte de naissance de Kevin, au champ "Sexe", la réponse est... Indéterminé! Ah oui et je voulais aussi préciser que j'ai toujours été charmé par le côté romanesque de ma naissance, et ce qui m'a surtout marqué c'est l'acte de naissance qui l'accompagnait, que je ne connais pas par coeur malheureusement, mais qui était quelque chose comme ceci:
"la nuit est noire.
le tonnerre gronde sur les toles de l'hopital de M'bouda
Là, entre 4 africaines qui enfantent,
Kevin pointe son petit museau au monde nouveau."
dimanche, mai 31, 2009
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Libellés :
autobio
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