fringale du soir

Comme je n'arrivais pas à dormir ce soir là, de décidai de découvrir Solal d'Albert Cohen, le temps de trouver le sommeil. Manque de bol, c'était un bon roman! Un style déroutant mais prenant, une histoire aguichante, pour que le sommeil me gagne je n'y étais pas du tout! Et alors que je croyais pouvoir me glisser tout doucement dans un sommeil profond, les yeux se refermant un peu plus à chaque page, c'est après moultes tergiversations et avec rage que je décidai enfin refermer l'ouvrage et tenter de dormir. Mais le marchand de roupillons avait du faire sa tournée plus tôt. C'est difficile à savoir, car j'imagine que pour vendre du rêve faut être bien silencieux. A tendre l'oreille on entendait bien quelque véhicule au loin, mais ça ressemblait plus à une benne à ordures.
Bref, du sommeil point, et je réalisai tout à coup que je n'avais quasiment rien mangé de la journée! Un malheureux bout d'pain à midi, et rien depuis! J'avais la dalle à en crever! Je me concentrai sur mon estomac. Il avait l'air rebondi mais bizarrement creux. Il faut dire que je sautais des repas depuis trois jours. Et encore, pour en sauter encore faut il en faire...
Je pensai au frigo givré, au concombre ramolli par le gros glaçon qui le cotoyait, aux bières congelées puis décongelées, sans bulles, aux tupperwares aux restes indatables, et poussai un soupir. Mais du coup je m'étais mis la fringale en tête, en fermant les yeux ce n'était que ripailles et rôts divers, tacos et tajines, croissants et crustacés. Je me ruai sur le frigo le ventre entre les pattes.
Je mangeai un reste de pain avec du chèvre et de l'huile d'olive en quantité démesurée, qui coulait sur la machine à laver au-dessus de laquelle j'engouffrai ma pitance. Puis je dénichai un vieux munster à peine entamé. Fébrile, je n'arrivai pas à bien l'éplucher de sa croûte, et en mangeai la moitié. J'avalai un milk-shake au chocolat, puis encore une petite tranche de munster. Enfin, je trouvai quelques fraises sur la table. J'en croquai une. Diable qu'elles étaient juteuses! J'en empiffrai quelques autres, en prenant soin de ne pas toutes les dévorer. Puis je retournai me coucher.

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