Paris-Chambéry en tout sauf à cheval...
Vendredi, 9h30. L'alarme sonne. Aujourd'hui, ma mission consiste à aller de Paris à Chambéry en stop. Le plus facile apparemment c'est de passer par lyon. Je vérifie : en train, c'est 3h environ, en voiture 5-6.
Je passe au salon, mon frère est encore là, on se boit un café ensemble. Il part pour Amsterdam. Il y a aussi un mexicain qui revient d'Inde, blond et barbu, instructeur de yoga, du genre illuminé mais inoffensif, et même assez intéressant. On quitte l'appartement ensemble. Il part aujourd'hui pour l'Espagne.
Direction Porte d'Orléans, soit disant un bon spot. Effectivement, je ne suis pas le seul sur le coup, un couple installé un peu plus loin, un rasta blond et une blonde aux yeux bleus l'air un peu naïf, les deux roots au possible, et Amandine, une fille qui part en Bourgogne se faire un ptit week end entre amis. Elle confectionne des vêtements, c'est son métier. J'aime bien ce qu'elle porte en tout cas. Elle est sympa, elle me raconte un de ses voyages entre le Paraguay et l'Uruguay. Du coup, on fait le stop ensemble. Elle porte mon grand panneau PEAGE->LYON, car le sien est rikiki à côté. Heureusement qu'on a mangé de la pizza hier soir, les cartons c'est vraiment pratique. J'ai l'air un peu con à me trimballer avec un emballage à pizza, mais bon le côté esthétique je m'en tape un peu à vrai dire.
Du coup côté papotage je suis servi, mais de voitures nenni! En même temps, même si porte d'orléans c'est mastoque comme sortie, on est pas vraiment tout près de l'autoroute, et entre les mecs qui vont bosser, ceux qui vont en banlieue, etc, tu sais même pas lesquels traiter de connards parce qu'ils ne s'arrêtent pas. Au bout de deux heures d'attente et d'imprécations, parsemées de bavardage et rires avec Amandine, je décide de changer de technique. Il est déjà 12h30, et faut que j'arrive jusqu'à Chambéry ce soir! Du coup je trouve une info sur comment se retrouver sur une aire d'autoroute de la bonne autoroute.
J'avais pris le tram pour aller à porte d'orléans. Je prends maintenant le bus, puis le RER D vers Corbeil, puis un bus vers la zone commerciale près de Villabé. 1h30, 60 bornes et quelques petits villages plus tard, je me retrouve devant un gros Carrefour au milieu de nulle part. Je demande a la grosse chauffeuse avachie derrière son volant si elle connaît une aire d'autoroute dans le coin. Elle me dit qu'on l'a déjà passée, faut que je rebrousse chemin. Il est déjà 15h... J'arrive à proximité de l'aire, je la vois. Pour y arriver, il faut passer dans un terrain vague large de 4 mètres avec un fossé, entre de gros hangars et une bretelle de sortie d'autoroute. J'essaie d'abord de longer la barrière de sécurité sur la droite, mais au bout d'un moment de grosses branches me barrent la route. Je les passe difficilement, et derrière il y a d'autres arbres, très touffus, et je ne vois même plus la barrière. Je rebrousse chemin, et essaie de me frayer un chemin de l'autre côté, après avoir enjambé le fossé dans lequel poussent les arbres. De l'autre côté, ce sont de hautes herbes, d'énormes chardons et des ronces! Trop cool! Arrivé un moment, je dépasse les arbres. J'essaie de regagner la barrière de sécurité, mais le fossé est maintenant plein de ronces, et je ne peux pas voir la profondeur. Sinon, ce sont des chardons et des ronces de plus en plus hauts et touffus, sans beaucoup d'espoir non plus. ca fait 20 minutes que je me débats, je ne peux tout de même pas rebrousser chemin... J'enjambe les ronces, et soulagement, je ne m'enfonce que jusqu'au genou... J'arrive à longer la barrière, puis traverser, et je me retrouve devant l'aire d'autoroute, cloturée bien sûr! Qu'à cela ne tienne, j'enjambe la barrière et déchire mon jean. Mais j'y suis!
Je me fume une petite clope, en sueur, et j'enlève les chardons et les divers végétaux collants que j'ai sur les jambes, le pull, le sac. Je sors mon ptit panneau. Ca a intérêt à marcher maintenant, parce que j'en ai chié pour venir jusque là, et je ne sais pas du tout comment je pourrais rentrer chez moi. Il n'y a pas énormément de voitures qui passent. Toutes assez luxueuses, peu d'espoir. Finalement, alleluyah! Un fourgon utilitaire s'arrête, le mec va à lyon! Il est 15h30, mais cette fois, je tiens le bon bout!
Le mec est asiatique, petit, trapu, un peu gros mais surtout l'air solide. Il me dit travailler dans le milieu du cinéma. En fait il transporte et installe des projecteurs pour faire de la stéréoscopie. Et au détour d'un bavardage, je découvre que c'est un mongh du laos! Son grand père, général ayant appuyé les français pendant la guerre, et en plus du peuple mongh, n'a eu d'autre choix que de quitter son pays et de s'installer en France. Lui n'est jamais allé au Laos. Il vient d'une famille très nombreuse, 10-12 enfants par parent par génération, du coup il a plein de cousins aux States où il aimerait s'installer si ce n'était sa copine portugaise, qui a elle une bonne situation en tant que cadre chez motorola. Il a aussi des centaines de cousins dans toutes les banlieues de Lyon. Quelques uns voyous, bandits, arnaqueurs, dealers. Il a des cousins dans toutes les prisons des environs! Son ptit frère, qui va passer en jugement pour agression et vol d'automobile, les deux crimes à une semaine d'intervalle, lui dit qu'il a pas peur de la tole, vu que la moitié de sa famille y est déjà! Ses parents ont tenté de les éloigner de tout ça, en s'écartant des quartiers chauds. Lui travaille dur, pour un petit salaire, et a fait des études! Plutôt pas mal. Il me raconte sa passion pour les sports de combat, il a été à très haut niveau en kung fu, mais il trouve ça tout pourri comme sport, et il faisait également du kickboxing, et de la boxe anglaise avec son père! En gros, vaut mieux pas trop l'emmerder le type, il me parlait d'ailleurs de l'avantage du caractère pratique de certains sports de combat, car on peut les utiliser quand la situation le requiert! Mais un gars en or, qui me dépose devant une station de métro à lyon, juste après m'avoir payé à manger et à boire avec sa carte d'entreprise! Une crème!
Il est 20h30. Je suis à lyon. Je prends le métro pour aller me poster devant l'autoroute qui va à Chambéry. Je sais que le dernier train part à 23h de la Part-Dieu, alors autant tenter ma chance jusqu'à 22h30 environ. Quand je me poste devant l'autoroute, il est 21h30. Je stresse un peu. Je suis juste derrière un feu rouge, il y a un flux important, et c'est pas super pour se garer après ça. Autant dire pas commode comme spot, et mon temps est limité. Au bout d'un moment, un mec passe dans le flux, et j'ai l'impression qu'il me fait signe de la main, puis il disparaît. Mais alors que je me retourne pour continuer à mendier un aller simple pour Chambé, je le vois, à 100 mètres devant, arrêté. Mais je ne sais pas si c'est pour moi, il est devant un hangar. En fait si, je cours, je monte. C'est un serrurier-plombier-décorateur etc. Il a l'air légèrement plus âgé que moi. Il est sympa, ouvert, bavard. Mais je n'avais pas bien compris, il ne va pas a chambé. D'ailleurs, au bout de vingt minutes, il me largue à un péage. J'aime pas trop les péages. Si on se poste près des petites aires de repos après les cabines, il y a un trop grand élargissement des voies, personne s'arrête. Sinon faut aller avant les cabines, mais du coup on se limite à deux files, et puis je sais pas si c'est autorisé. Je décide quand meme de m'y poster, et quand je passe devant le petit batiment administratif, une meuf me regarde bizarrement. Tant pis, je me décide. C'est le coucher de soleil, c'est magnifique. Les gens me prennent pas, mais sont sympas. Finalement une meuf s'arrête.
Elle a mon age. Elle est en Staps de sport, spécialité water polo. Elle voudrait être instit, peut être à Madagascar. Elle me dépose à cinq minutes de chez mon pote julien et sa copine Axelle. il est 22h30. J'ai mis 12h30, mais j'y suis arrivé, et j'ai papoté tout le long, c'est passé vite!
Au retour, je prends le train. Je me fais chier pendant 3h30. RAS.
Conclusion: le stop c'est plus long mais c'est plus bon!
mardi, juillet 21, 2009
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Libellés :
autobio
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