La vie dans le cassis
Je me suis retrouvé hier matin dans les champs. Ca ne s'est pas fait comme ça, pffuit, d'un seul coup, mais presque. Hier, j'étais à Paris, dans la jungle urbaine, réveillé par les ivrognes braillant sur le retour à la maison et les motos aux moteurs supersoniques, d'après les décibels. Ici, j'ai déjà lutté contre un nid de guêpes, jeté un renardeau mort dans les bois, assisté au spectacle des bourdons sur la lavande, et d'un frelon dévorant une poire. Bref, les joies de la campagne quoi!
Et puis ça fait du bien de se décoller un peu des écrans. Ici, c'est le bas débit! Enfin, il paraît que le haut débit a fait son entrée, mais pas encore à Bruyère... Bref, pas d'écrans, j'ai oublié de prendre des bouquins, pas de fringale de films comme ça a pu m'arriver. En plus, cet été, s'il n'y avait pas eu le chomage, j'aurais pris un p'tit boulot. J'étais prêt à faire la collecte des fruits. Et bien ici, il y en a des fruits! Il suffit d'aller les cueillir.
Je prends un récipient, me dirige vers le potager. Je soulève le grillage en plastique qui protège les cassissiers des oiseaux, chevreuils, et autres agresseurs. C'est normal, c'est du boulot les arbres fruitiers, alors si c'est pour qu'il n'y ait pas de fruits... Ainsi, le labeur est récompensé. Il ne reste plus qu'à les cueillir, enfin ce qui n'ont pas déjà pourri sur pied. C'est qu'il est un peu tard pour la saison.
Je commence à cueillir. D'abord debout, puis assis, triant les bons fruits des pourris, les cueillant un par un pour ne pas les écraser. C'est un travail assez fastidieux, mais je ne suis pas pressé. Je pense: tout peut s'accomplir avec un peu de patience et de philosophie. C'est cool, le cassis m'inspire des pensées philosophiques! Qui l'eut cru!
Comme je m'ennuie, je décide d'établir un parallèle entre le cassissier et moi. C'est un peu bizarre tous ces cassis, c'est comme si moi j'avais une armée de sexes, et que je les disséminais à tout va autour de moi pour qu'ils s'occupent de féconder quelques femelles. Ce serait drôle, tous ces phallus qui partiraient en quête de belles demoiselles, juste pour me faire plaisir! Pratique, tout de même...
Puis au fur et à mesure que je trie les fruits, j'essaie d'établir plutôt le parallèle entre les fruits et les hommes. Je me dis que les fruits sont un peu comme la société. D'abord, seuls ceux qui adhèrent encore à l'arbre, en gros la société, sont encore frais et mangeables. Les autres, rejetés, marginalisés, n'ayant pas accès à l'eau courante, crament au soleil, moribonds. Ceux qui sont bien nés sont sur les meilleures branches : pas trop de soleil, pas trop d'ombre, de la bouffe en quantité, que du bon! Certains sur ces branches sont malgré tout pourris : ils ont pas su profiter de la chance qu'on leur donnait... Sur les branches moins belles, on se bat, on est nombreux, beaucoup meurent de soif ou d'insolation. Les autres en profitent pour récupérer leurs parts de pitance. Et enfin, de temps en temps, on trouve la perle rare: un peu isolé, bien caché, un individu d'une beauté, d'une elasticité de peau exceptionnelle.
Justement cette peau me fit enfin penser à une dernière métaphore. Au début, les cassis ont la peau gonflée, élastique, fermes au toucher. Puis petit à petit, la peau se ride, les cellules sont plus de première fraîcheur, les entrailles se liquéfient. Enfin, il se ratatine, diminue, jusqu'à être tout sec. Enfin il tombe et meurt. Finalement, les cassis et nous, on vieillit pareil...
vendredi, juillet 31, 2009
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philosophie de comptoir
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