marche et pense, le retour!
Je sors de chez mon amie Zaz, cour du Refuge dans le Panier. J'ai fait ce chemin mille fois cette été, à l'heure du coucher du soleil, toute l'eau de mon corps dégoulinant le long de mes innombrables poils. J'allais insouciant, et mon seul regret est que les pensées d'alors ne m'appartiennent plus, je les ai depuis longtemps oubliées.
Ce soir, il est tard, il fait très froid, il pleut et la fermeture de mon blouson ne ferme pas, mes vieilles Converse pourries ne sont pas étanches, mes chaussettes s'imprègnent d'eau en passant par les trous dans mes semelles, et émettent bientôt un floc-floc métronomique. Je pense au froid qui règne mais je n'ai pas à me plaindre, si je voulais marcher plus au Sud en France il me faudrait un scaphandre, car je serais sous la Méditerranée.
Je me concentre sur le floc-floc de mes Converse et un souvenir enfoui ressurgit. Je me demandais souvent quand j'étais petit- je l'ai ensuite voulu ou craint - si le monde qui m'entourait n'était pas rien qu'une comédie dont j'étais sans le vouloir l'acteur principal. C'est une des grandes questions de mon enfance qui aujourd'hui me paraît grotesque, voire coupable. Je regrette d'ailleurs le temps ou cela paraissait si réel. Car si maintenant je peux parfois avoir honte d'une pensée aussi égocentrique, il serait si bon d'être le centre des événements sans le savoir! Pas comme dans Truman Show ou ma vie serait contrôlée par un audimat et limitée par une grosse sphère en métal, mais simplement une volonté générale de déclencher des événements autour de moi. Un peu comme dans un film, sauf que l'événement déclenchant, il n'arrive pas au bout de 15 minutes et on ne voit pas un générique à la fin. Mais plutôt, je sais pas moi, ce cycliste qui passe à côté de moi, au lieu de s'en aller sans un regard grimper sa côte en pensant à son effort et à ses pantoufles et au bon gros pétard qui l'attendent chez lui, il déclenche quelque chose, une suite d'événements sans fin. Il m'éclabousse, je l'engueule, on se bat puis on finit par se marrer ensemble sous la pluie et on part en Amazonie, ou alors il laisse tomber une clé avec un nom écrit dessus, je retrouve la femme - car c'en est une! - tombe amoureux fou, c'est malheureusement une croqueuse d'hommes qui me laisse sans un sou sur un bord de route au Bangladesh, quelque chose quoi!
Et bien non. Je rentre chez moi, et écris ces quelques lignes. Le seul événement quelque peu déclenchant de ma balade, qui m'aura arraché une petite seconde d'adrénaline, c'est le klaxon d'une voiture de police qui semblait, dans ma paranoïa absurde lorsque je fume dans la rue, s'adresser à moi.
vendredi, janvier 30, 2009
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litterature de comptoir
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