Sans tête ni ...
Le puritanisme et les bonnes manières étaient ses principales caractéristiques. Elle était si naïvement empreinte de préciosité surannée, si charitable et si facilement scandalisée par la misère du monde que ses camarades s'esclaffaient toujours de ses bondieuseries moyenâgeuses.
Il était fils de conducteur de taxi, et comme son père, il était un digne descendant de la race des charretiers. Rustre, la manche gauche de sa veste suintant en permanence un mélange de bourbon dix ans d'âge et de morve fraîche, il n'avait d'autre but dans la vie que d'encanailler les lépidoptères. Comme il était terriblement têtu et quelque peu excentrique, il s'enticha de la famille des Mégalopygidae et partit les rejoindre au Costa Rica.
Cela s'avéra terriblement inintéressant du point de vue humain, les ticos étant des êtres sans âme, sans culture et sans conversation, mais colossalement passionnant insectologiquement, le Costa Rica étant recouvert de parcs naturels, pour la joie des quadrupèdes, hexopèdes et autres pèdes en tous genres, dont les bi, qui se reconnaissent à leurs caméras dernier cri.
Cet afflux incessant de bi du monde entier venant observer de près ce qu'ils ne voyaient plus que sur écran plasma avait rendu le pays extrêmement riche. De nombreuses organisations caritatives vinrent donc ouvrir leurs portes aux pauvres riches centro-américains. Cela fit le 20 heures, qu'elle regardait comme tous les midi devant un méli mélo de canapés, car elle admirait le snobisme. Elle attrapa le premier vol pour San José.
A peine la savate posée sur le goudron de la capitale qu'elle était déjà membre de l'Association pour la Lutte contre la carence en Vitamine A. Les ticos avaient perdu toute tradition culinaire, les cuisiniers eux mêmes faisant la fine bouche pour mettre la main à la pâte; ils prétextaient avoir la poche bien trop lestée de biffetons pour pouvoir travailler. Ils s'étaient donc massivement jetés sur les grandes chaînes de distribution de surgelés, qui se virent assaillir de toutes parts par des ticos affamés. Ils mirent tous la clé sous la porte, excepté une brillante firme qui avait trouvé sa niche dans le surgelé : ils ne vendaient que de l'aloyau. L'aloyau étant naturellement faible en vitamine A, les membres de l'ALVA passaient la journée à défroquer tous ces citoyens en manque pour leur administrer leur dose vitaminique. C'est ainsi qu'ils se rencontrèrent.
Ils se haïrent bien naturellement au premier regard, et elle se promit de ne plus jamais avoir affaire à un individu si ignoblement abject et creux, sinon son intérêt on ne peut plus saugrenu pour les papillons. Sa cordialité de façade lui empêcha de cracher le fond de sa cervelle sur ce malappris, et elle fit de son mieux pour lui être agréable.
Ses longs mois auprès des Mégalopygidae l'avaient progressivement recouvert d'une fine couche de poudre dorée, ce qui lui donnait une allure prophétique. Les règles sociales et amoureuses qui régissent les Mégalopygidae sont d'une complexité abyssale, mais l'opiniâtreté de sa curiosité lui avait permis de saisir les moindres nuances de la psychologie des Mégalopygidae, qui s'avoisine à celle d'une femme moyenne, d'environ trente ans, blonde à la poitrine proéminente, ce qui était justement le cas de notre héroïne. Il ne put réprimer un sourire de victoire tandis qu'il la pénétrait.
jeudi, mars 19, 2009
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